Les représentations de l'« Homme gros » suivant les siècles en France.

Si l'obésité est de nos jours reconnue comme risque de maladies et que la personne obèse est stigmatisée régulièrement, il n'en a pas toujours été ainsi.

Sun 29 November 2015
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A partir du travail de G. Vigarello (historien spécialiste du corps), je vous propose dans cet article original de faire un tour des différentes représentations françaises de l'« Homme gros » avec un grand H (hommes et femmes) du Moyen-âge à nos jours.


Pour des raisons largement compréhensibles dans une période où chacun ne mange pas à sa faim, l'homme gros du Moyen-âge est valorisé parce que synonyme de richesse. A moins d'un énorme surpoids qui empêche la personne de se mouvoir, l'obésité n'est donc pas vu comme un problème, bien au contraire. D'ailleurs, le terme d'obésité n'existe pas encore (il sera inventé au 18ème siècle par les médecins qui le définiront comme un excès de graisse ou de chair).

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les canons de beauté féminins ont une taille relativement fine, signe de jeunesse. Et pourtant, vous trouverez beaucoup de tableaux avec des femmes ayant beaucoup d'embonpoint. Cependant il faut garder à l'esprit qu'à cette époque il s'agit de portraits de femmes riches, ainsi l'artiste reproduit ce qu'il voit et non ce qu'il considère esthétique. Nous sommes toutefois loin du modèle mannequin du 20ème siècle, la maigreur étant vu comme un signe de mauvaise santé.


La Renaissance marque une rupture considérable. Le corps doit être en mesure d'être productif et utile. L'excès de graisse est vu comme un obstacle à l'efficacité du corps. Pire, l'homme gros est vu comme un être inutile et paresseux. Cette rupture peut s'expliquer par la diminution du nombre de pauvres et de paysans par rapport au Moyen-Age. L'essor du commerce permet en effet d'avoir d'autres perspectives que la paysannerie, ainsi être gros n'est plus forcément synonyme de richesse. Nous pouvons aussi penser que le commerce participant à l'importation et à un regain d'intérêt pour les œuvres d'art, ces dernières participent à éditer de nouveaux canons de beauté.


Le 18ème siècle verra l'apparition des régimes et du choix des aliments. Le terme obésité fait son apparition dans le vocabulaire médical et la grosseur est associée à une infirmité. L'exercice physique est préconisé pour tonifier les fibres musculaires parce que l'on pensait que des fibres musculaires « molles » était impliquée dans cette grosseur. A la fin du siècle, les premiers discours émergent à propos des souffrances morales et psychologiques des personnes obèses.

A coté de l'Homme obèse, un petit surpoids est néanmoins bien perçu chez l'homme. En effet, la « bedaine » est signe du bourgeoisie et de respectabilité.


A partir du 19ème siècle, la pression sociale mise sur la personne obèse n'a cessé d'augmenter avec l'évolution de l'usage du corps. D'un corps « utile » nous sommes passés à un corps « esthétique » qui se dévoile et se montre, devenant une identité tellement forte que le secteur du sport et du fitness s'est considérablement développé.

Les critères de beauté féminins sont toujours la minceur. Notons qu'à la différence de l'homme, il n'y a jamais eu de rupture dans la représentation du corps de la femme idéale mais une accentuation du caractère mince de celle-ci à l'instar des mannequins « porte manteaux ». Je voudrais nuancer un petit peu ce dernier point en remarquant que beaucoup de femmes se détournent actuellement de l'idéal de la « maigreur » pour chercher un corps plus athlétique et plus musclé. En ce sens, je note un rapprochement entre les hommes et les femmes, tous deux à la recherche de corps moins gras certes mais aussi plus musclés.

Romain Moreau