Approche pédagogique pour le débutant en musculation

De la pédagogie du modèle à la pédagogie différenciée

Wed 23 January 2019
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“Serrer les omoplates”, “cambrer”, “déverrouiller les genoux”, “lever la tête”... l’enseignement de la musculation se résume souvent à des consignes verbales, parfois à des démonstrations, associées à des feedbacks du coach. Si cette approche traditionnelle semble amplement suffisante pour la majorité des apprentissages en musculation, de nombreux pratiquants ne peuvent se satisfaire de cette approche basique et le “bon” coach doit recourir à une pédagogie plus élaborée, adaptée, différenciée.

 

Je vais vous expliquer pourquoi la pédagogie de la musculation aurait à gagner à se calquer plus souvent sur celle utilisée dans les autres activités sportives, plutôt que de rester sur une description technique avec une “pédagogie du modèle”, c’est à dire la reproduction du geste de l’expert.

En effet, nombre de débutants sont confrontés à des barrières psychologiques, d’autant plus fortes que la confiance en soi est faible. Vais-je réussir? tomber? me faire mal?

Ainsi, l’aménagement de l’environnement lors de la situation d’apprentissage ne gagnerait-il pas à être optimisé afin de répondre à ces blocages, qui nuisent à la concentration technique?

Même si le risque objectif de se faire mal est peu élevé, le risque subjectif (ressenti par le pratiquant) peut être très élevé et le conduire à une relative paralysie motrice. Souvenez-vous des sensations qui sont probablement les vôtres lorsque vous marchez à proximité du vide. Tout à coup, vos jambes tremblent et un mouvement aussi commun que la marche paraît difficile. Et pourtant, quel risque objectif y a-t-il de tomber si personne ne vous pousse? Et bien il en est de même pour certains débutants lorsqu’il s’agit de faire un développé couché ou pire, un squat. Ainsi, nous pouvons aménager l’environnement afin de mettre le pratiquant en confiance. Ceci peut passer par le placement d’un banc derrière lui pour faire un squat même si l’amplitude en est réduite; par commencer sans barre même si les leviers ne sont plus les mêmes; par mettre des cales sous les talons afin de pouvoir fléchir les genoux tout en ne déplaçant pas trop le centre de gravité vers l’arrière (et donc moins de déséquilibre arrière); par l'utilisation du cadre guidé,  par mettre une ceinture de force; ou bien encore par l’installation temporaire d’une mousse/serviette repliée sur la barre afin de ne pas additionner la peur de tomber à l’inconfort du poids de la barre posée sur le haut du dos.

Cette dimension “affective”, très développée dans les autres sports (souvenez-vous de tous les énormes tapis mis en place en cours de gym, ou bien des frites à la piscine), est complètement négligée, voire dénigrée, en musculation pour plusieurs raisons.

D’une part, la musculation a été longtemps mise de cotée par les enseignants de l’éducation nationale et donc de l’approche universitaire (STAPS). Non considérée comme un sport à part entière, l’approche pédagogique et didactique n’a que trop peu fait l’objet de réflexions.  

D’autre part, l'utilisation obstinée de la pédagogie du modèle selon laquelle “il faut faire comme l’expert”, historiquement très développée dans les formations jeunesse et sports, a limité la réflexion pédagogique (ici la dimension affective).

Cela fait bien longtemps que l’on apprend plus à nager en lâchant les enfants dans le grand bain, pratique ayant créée des générations d’aqua-phobes. Or ne souhaitons-nous pas, au contraire, qu’un maximum de pratiquants viennent ressentir les bienfaits de notre discipline sur le corps et l’esprit, et ce, même s’ils partent de très loin au niveau affectif, moteur et physique?


Romain Moreau